«La mort de l’intérêt commun»

«La mort de l’intérêt commun»
Jeannette Roy fdls

«La mort de l’intérêt commun» C’est le titre sous lequel s’est retrouvée, dans « La Presse » du 10 juin 2013, une intéressante analyse de notre société. Analyse signée Éric Bergeron, chargé de cours à l’Université de Montréal. L’extrait suivant en démontre la pertinence : « Je suis assez vieux pour me souvenir d’un temps où dans ma ville, chaque parent se donnait le droit de semoncer un enfant qui se comportait de mauvaise manière en public. Il le faisait au nom d’un principe clair. Il y a, au-delà des droits individuels de chacun, un intérêt commun à défendre et chaque habitant de la Cité a un devoir de protéger un tel acquis ».

Ce texte m’a d’ailleurs rappelé une courte émission radiophonique de mon enfance intitulée : « Le civisme, c’est une foule de petites choses ». À l’aide d’un exemple propre à frapper l’esprit d’un jeune, on mettait en valeur un comportement qui illustrait notre devoir en tant que citoyen ou citoyenne.

Mais la situation actuelle est-elle aussi sombre que peut laisser entendre le titre de l’article intitulé : LA MORT DE L’INTÉRÊT COMMUN» ? Non, car l’auteur en souligne un aspect positif en affirmant: « Dans nos sociétés au narcissisme exacerbé et aux droits individuels brandis à tout vent, l’on pourrait croire qu’il n’y a plus de place pour la question de l’intérêt commun. Il suffit toutefois de voir la population se ranger rapidement derrière tout leader politique avec une vision rassembleuse pour comprendre combien une telle opinion est contraire à la réalité. »

Nous n’avons d’ailleurs qu’à regarder autour de nous pour découvrir de multiples œuvres, caritatives ou autres, créées pour répondre à des besoins criants ou pour lutter contre des injustices flagrantes soit dans leur propre milieu, soit encore, au plan international.

Chers Internautes, à vous la parole, car ce sujet peut donner lieu à d’intéressants et riches échanges!

8 réponses à “«La mort de l’intérêt commun»

  1. La mort de l’intérêt commun, pourquoi?

    Les humains partagent le même espace, les mêmes aspirations et les mêmes besoins et par conséquence ont forcément des intérêts en commun dont l’intégrité et la pérennité des ressources partagées ainsi que la sécurité de l’habitat. L’intérêt commun est aussi la « somme des intérêts individuels » tels que la santé et l’éducation.
    Aujourd’hui, l’intégrité et la pérennité des ressources partagées sont mises en danger puisque des individus surexploitent les ressources naturelles. Aussi si l’accessibilité universelle aux soins de la santé et à l’éducation est loin d’être acquise dans certains pays, elle est aujourd’hui menacée dans beaucoup d’autres pays. De même, la vie avec dignité des personnes les plus vulnérables dans notre société est de plus en plus fragilisée.
    Tout ceci me fait penser qu’effectivement l’intérêt commun est en voie de disparition pour ne pas dit carrément mort…Pourquoi en sommes-nous arrivés là?
    Je me plais à imaginer la relation de l’individu avec sa société comme une relation de couple. Lorsque les deux, soit l’individu et la société, vivent en harmonie ensemble, ils ont une vision d’intérêt commune, veillent à leur bien être commun et se soutiennent mutuellement dans les moments difficiles. Lorsque le divorce survient dans cette relation, le couple uni qu’il était se divise en deux individus qui diffèrent désormais de par leur intérêt et de par leurs aspirations. Peut-on par là conclure que la mort de l’intérêt commun n’est que le résultat de l’absence d’Amour entre l’individu et sa société? Se pourrait-il que l’individu d’aujourd’hui ne se reconnaisse plus dans la société dans laquelle il vit et n’a plus de sentiment d’appartenance à son égard? Ou encore se pourrait-il que les individus d’aujourd’hui, réussissant à s’émanciper des contraintes économiques et des institutions, ont tombé dans le déni et le rejet des valeurs inculqués et ce, sans pour autant créer des nouvelles valeurs?
    Les sociétés sont en manque de valeurs, les sociétés sont en maque d’Amour. Désormais, on ne rêve plus que d’argent et de pouvoir, les gens ont déserté leurs idéaux, l’être humain est devenu un numéro. Voilà pourquoi l’intérêt commun est mort. Oui c’est vrai, il y a des organismes qui se soucient du bien être commun et c’est vrai aussi qu’il y a des personnes qui ont le cœur sur la main et une conscience planétaire mais ils ne sont pas assez, il nous en faut plus, beaucoup plus…

  2. J’ai lu avec intérêt le commentaire d’Ariane que je trouve non seulement bien documenté mais aussi très pertinent. J’ajoute à mon tour mon « grain de sel ». J’ai reçu dernièrement un beau diaporama intitulé « Le Devoir ». Il illustre, par des citations de personnes célèbres, le fait qu’appartenir à une société humaine nous donne sans doute des droits mais aussi des devoirs. Cette affirmation est, je crois, en lien avec étroit avec notre thème de « l’intérêt commun ».

    Je vous partage une des citations dont je parle plus haut: « Le devoir a une grande ressemblance avec le bonheur d’autrui ». Elle est de Victor Hugo, ce magnifique écrivain auquel l’on doit « Les misérables ». Dans ce roman, l’un des plus touchants de la littérature française, l’auteur a voulu éveiller la conscience de ses contemporains à la souffrance injuste des pauvres de nos sociétés. Nous avons tous le devoir de faire régner la justice autour de nous et n’oublions pas que le moindre geste dans ce sens peut susciter des changements positifs en vue du bonheur d’autrui. Qu’en pensez-vous, chers Internautes?

  3. La mort de l’intérêt commun? Les journaux et la télévision nous prouvent qu’il n’en est pas ainsi. Permettez-moi, pour appuyer mon propos, de vous citer quelques extraits de la chronique de Patrick Duquette dans le quotidien « Le Droit » en date du 24 septembre dernier intitulé « Philanthropie 2.0″

    « Aujourd’hui, les gens préfèrent faire du bénévolat directement auprès de ceux qu’ils souhaitent aider. Auprès des mourants, par exemple, ou des jeunes et des enfants vus en pédiatrie sociale. Les bénévoles ont davantage l’impression que leurs gestes font la DIFFÉRENCE. » Plus loin il explique un 2e volet qui accroche aussi les gens: « Maintenant ce sont les grandes causes qui rallient les masses de bénévoles. Cancer du sein, dysterophie musculaire, maladies du coeur… Les causes touchent plus directement les gens… On a tous un proche, un ami touché par la maladie. Et, parlant des Clubs de service, tel le Kiwanis qui doit fermer ses portes après 53 ans d’existence, le chroniqueur termine en disant « Ils pourront se consoler. D’autres ont repris le flambeau avec une approche différente ».

    Si j’ai cité des extraits de cet article c’est que je le trouve vraiment pertinent. Et vous, chers Internautes, qu’en pensez-vous?

  4. Se peut-il qu’entre «intérêt commun» et «bien commun» il y ait une grosse différence. Ces dernières années, l’évolution vers une grande libération et émancipation des groupes et personnes a pu nous amener à considérer l’intérêt commun comme indispensable au bon fonctionnement de la société. L’intérêt commun étant ce qui est utile, avantageux, ce qui convient, ce qui importe … Cependant ce sera toujours le BIEN COMMUN qui sera la raison d’être d’une société. Dès que nous nous détachons de cette vision, les choses se compliquent et l’individualisme règne.

    Par exemple … Il se peut bien qu’un grand intérêt commun oriente un groupe vers les loisirs … Si le bien commun n’entre pas en cause pour en faire un projet rassembleur et offrir les moyens nécessaires aux différentes situations financières, par exemple, cet intérêt, commun au départ, peut devenir source de division et d’exclusion.
    On est d’accord pour affirmer que l’État (l’organisation d’un peuple comme nation) est nécessaire à qui veut devenir pleinement humain. Si je refuse les relations sociales et tout ce qui fait de moi un citoyen, une citoyenne, je refuse de devenir pleinement humain/e. C’est ainsi que nous pouvons affirmer que la raison d’être des droits et de la loi, c’est le BIEN COMMUN.

    Étant croyante … parce que je crois en la beauté et la grandeur de la VIE et en sa Source, Dieu, je me rallie volontiers à la conclusion d’Ariane qui affirme que nos sociétés actuelles «sont en manque d’Amour » … Prendre le Bien Commun en considération ouvre à la l’Amour et conduit à cet Amour : gratuité, ouverture, inclusion, compassion, attention aimante et vigilante etc. etc.

  5. Bien commun n’égale pas intérêt commun l’explique Lucille dans son commentaire, c’est tellement vrai… d’autant plus qu’on parle du mot « bien » comme vertu et non comme possessions.
    Je voudrais aussi revenir sur le commentaires signé « feuille d’automne ».
    Oui le bénévolat pourrait être une preuve que l’intérêt commun n’est pas mort. Cependant, le vrai bénévolat, celui qui fait réellement la différence est celui qui est carburé par un désir AUTHENTIQUE du bien commun.
    L’authenticité est présente là où il y a cohérence et là où il y a cohérence il y a vérité. Là où il y a vérité, il y a honnêteté et qui dit honnêteté dit conscience. La conscience c’est le choix entre le bien ou mal . Pour avoir le choix, il faut être libre et là où il y a liberté il y a démocratie, là où il y a démocratie il y a justice. Ainsi de l’authenticité découlent la cohérence, la vérité, l’honnêteté, la conscience, la liberté, la justice et la démocratie. Ces derniers représentent des valeurs recherchés par les sociétés , or qui dit valeurs dit bien commun. Ainsi, pour que l’intérêt commun ne meurt pas il faudra des cœurs authentiques et non de gestes d’éclats puisque le quotidien porte en lui-même de multiples occasions qui sollicitent du cœur et du courage. C’est dans ce quotidien, dans le train-train habituel, loin des feux de la rampe que la personne est appelée à faire preuve de dépassement de soi . Cela est d’autant plus difficile qu’elle n’aura souvent personne pour l’applaudir ou pour l’encourager. Seul le désir authentique du bien commun pourra dans ce cas être le moteur de ses actions.
    Finalement, je crois que la meilleure façon d’améliorer le monde et de faire une différence c’est en premier leu de s’améliorer soi-même et d’avoir le courage de vivre en cohérence avec ses aspirations et avec ses valeurs.

  6. Je viens de relire l’analyse très pertinente et réaliste dont Florence nous a fait bénéficier. Pour illustrer mon propos je voudrai d’abord vous citer, de mémoire, un proverbe chinois qui dit: « Si chacun balaie devant sa porte la rue sera propre ».

    Cela m’amène aussi à vous partager une expérience vécue en Iran où j’ai résidai 14 ans ( début juin 1973 à fin avril 1987) d’abord comme Directrice d’une petite École de Garde-Malades Auxiliaires puis ensuite comme infirmière dans un Foyer de personnes âgées arméniennes. Suite à la Révolution islamique, où le pays était gouverné par l’Iman Khomeini, ma présence en tant qu’étrangère pouvait parfois provoquer des réactions. Un jour, que je voyageais dans un taxi public, un des passagers m’a demandé ce que j’avais fait du temps du Shah pour faire régner plus de justice.

    Il va de soi, qu’apprendre la langue d’un pays où l’on réside est non seulement un devoir mais aussi un plaisir. Car l’on peut ainsi mieux savourer les richesses de son histoire et de sa culture. Je lui ai donc répondu en farsi: « Il est vrai que je ne suis pas allée voir le Shah pour lui parler de la justice mais j’ai essayé de la faire régner autour de moi ».

    Oui, comme le démontre si bien Florence, c’est à chacun et chacune de nous de mettre la main à la pâte pour corriger les déficiences que l’on déplore dans notre société.

  7. Madame Danièle Henkel, femme d’affaires et «dragonne» remarquée dans l’émission «Les Dragons» à Radio Canada, disait à RDI dimanche qu’elle regrettait que le gouvernement Marois parle de «Charte des valeurs» plutôt que de «Charte de la Laïcité». J’étais heureux de l’entendre car j’ai confiance dans le jugement de cette grande femme et aussi parce que depuis l’annonce de cette Charte je me suis demandé pourquoi on n’en a fait une Charte des valeurs … Le gouvernement avait-il peur de dire clairement qu’il souhaite s’engager à la neutralité dans ses prises de décisions ? On noie le poisson dans un titre qui fait tourner toutes les discussions autour du «voile» comme dit Mme Henkel …
    Nous sommes, du moins au Québec, à une période de l’histoire où les vrais leaders se font rares. Ces leaders qui prennent les intérêts de la population qu’ils desservent. Intérêts qui deviennent Bien commun, comme le signale Lucille ! Intérêts qui sont, finalement, des valeurs non négociables : respect des personnes et de leurs droits, justice pour tous et toutes, transparence, probité, souci de l’environnement … OK pour une économie équilibrée, pour de bons gagne-pain, pour un sain développement sur tous les plans mais jamais au prix de ces valeurs non négociables !

  8. « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits» Ci-joint la première clause de la déclaration universelle des droits de l’homme. Où en sommes nous maintenant par rapport à cette clause écrite en 1948? En 2013, la situation s’est-elle vraiment améliorée? les humains maintenant naissent-ils vraiment tous égaux ou plus égaux qu’en 1948? Ainsi, permettez moi d’être un petit peu septique face à toute déclaration de charte quant à sa portée et à sa réelle motivation….
    Ceci étant dit, si je remonte à mes souvenirs très lointains, je me rappelle qu’au cours d’un de mes voyages, je me suis trouvée dans une ville où suite à un renversement politique, un parfum de guerre s’est mis graduellement à diffuser dans le pays. Sachant qu’il y a une possibilité que tous les citoyens soient obligés de descendre dans des abris pour se protéger en cas d’éventuels bombardements, les mamans, de l’immeuble dans lequel je me trouvais, se sont réunies pour établir des règles de vie commune dans le cas où tous les habitants de l’immeuble se rentrouvraient à passer des jours et des nuits dans le seul abri souterrain du bâtiment. Ces règles visaient à permettre une cohabitation harmonieuse entre les différentes personnes partageant un espace restreint et également à protéger les enfants. Étant jeune à cette époque, je trouvais ces règles un peu rébarbatives et ne comprenais pas leur réelle portée. Avec l’âge et l’expérience, je porte maintenant dans mon cœur une grande reconnaissance et une profonde admiration envers ces mamans qui ont pris la peine de réfléchir aux intérêts et aux biens communs et qui ont eue le courage de protéger leurs enfants et ce même dans un contexte proche de la survie.

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