L’itinérance, une exclusion sociale ?

Jeannette Roy

Quant arrive l’hiver avec ses froidures, comment ne pas penser à ceux et celles qui font partie du monde de l’itinérance! Car il y a lieu de s’inquiéter et de s’interroger sur leur situation dans un pays soi-disant développé comme le nôtre. Dans sa chronique du 14 janvier dernier, Mme Lysiane Gagnon, journaliste au quotidien « La Presse » affirme : «L’itinérance ne doit pas être considérée comme un phénomène normal et acceptable dans une société civilisée ».

Dans un article, fort bien documenté du même journal, en date du 20 janvier, M. Adis Simidza, étudiant à la maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal, cite Mme Shirley Roy, professeure au même département, qui voit l’itinérance comme étant « une forme extrême d’exclusion sociale ». Puis l’auteur nous présente différentes formes d’itinérance. Elle peut être « chronique », s’étirant sur une longue période de temps ou « transitoire » se vivant sur une seule période de temps et finalement « épisodique » : une personne vivant l’itinérance à plusieurs moments différents de sa vie.

En terminant, l’auteur nous laisse sur cette réflexion : « Il faut s’attaquer à l’itinérance, mais il ne faut pas oublier qu’il y a une hémorragie sociale qui pousse de plus en plus de personnes vers la rue ».

Chers Internautes:
• Avez-vous eu des contacts avec le monde l’itinérance?
• Avez-vous déjà posé des gestes concrets pour pallier aux besoins des itinérant(e)s?

Si nous en parlions ?

13 réponses à “L’itinérance, une exclusion sociale ?

  1. Les itinérants sont des gens qui ont décroché de la société parce qu’il n’y a plus de place pour eux. Leur présence peut laisser indifférents et c’est justement cette indifférence qui a été responsable de leur exclusion. Leur présence peut aussi déranger car elle est la preuve de l’échec d’une société qui se dit inclusive, tolérante et qui voudrait être juste.

    En effet, qu’est ce que c’est qu’une société sinon qu’un groupe d’individus cohabitant ensemble ayant chacun un rôle défini dans cet ensemble? La société est comparable à un corps vivant composé d’innombrables cellules. Ces cellules sont représentées par chacun des individus se trouvant dans la société, la multitude de ces individus forment les tissus sociaux et la multitude de ces tissus forment les organes chacun ayant une fonction bien déterminée; la coordination de ces organes ensemble donnent vie au corps de la société. Ainsi pourqu’une société puisse être en santé, il faudrait que ses membres travaillent ensemble pour maintenir celle-ci en homéostasie et lorsque les personnes quittent volontairement ou involontairement le corps de la société, il s’agit là d’un signe que celle-ci ne va pas bien, pourquoi en est-il ainsi?

    Sans avoir travaillé de près ou de loin avec les itinérants, je crois personnellement que la déshumanisation de notre société fait en sorte que plusieurs la quittent volontairement ou involontairement. En effet, même si la plupart d’entre nous sommes munis de bonne volonté, le manque de temps, la recherche du confort et la complaisance dans la facilité font en sorte que nous soyons moins disponibles pour les autres. Pourtant à bien y réfléchir, souvent un petit geste tel un mot d’encouragement sincère ou un sourire vrai, suffit pour rendre le fardeau de la vie moins lourd à porter. Or, même ces petits « riens du tout » se font rares dans notre société pressée axée sur le rendement, sur la performance et sur la consommation.

  2. Mon Ami l’Itinérant se tenait chaque jour près du métro Côte-des-Neiges à Montréal où il offrait gentiment aux passants la revue
    «L’Itinéraire».*** Je le rencontrais en allant ou revenant de notre bibliothèque de quartier. Son air affable suscitait la confiance et je m’arrêtais pour le saluer et acheter son imprimé si une consoœur de la maison ne l’avait déjà fait. C’était son gagne-pain car, sur le prix coûtant de 2,00$, il était autorisé à en garder la moitié.

    J’ai lu par après son histoire dans cette revue: chauffeur de camion il avait subi un grave accident qui l’avait rendu inapte au travail pendant environ un an. Hélas, n’ayant pas gardé le texte en question je ne me souviens pas des circonstances qui l’avaient amené à devenir itinérant. J’ai depuis changé de ville et de province mais je n’oublierais jamais sa dignité ainsi que sa fidélité à son poste de travail.

    *** Le Groupe communautaire « L’Itinéraire » mène des projets d’économie sociale qui ont pour but d’accroître l’autonomie, le savoir et l’employabilité des personnes qui connaissent des difficultés liées à la marginalité et à l’itinérance.

  3. Notre comportement envers les itinérants est le reflet de ce que nous sommes dans la vraie vie : Sommes-nous vraiment compatissants, bons et altruistes envers autrui? ou est-ce seulement une perception de notre égo ? Lorsque nous sommes en face d’un itinérant qui sollicite notre aide, personne ne nous demande de rendre des comptes à savoir si oui ou non nous avons tendu la main à ce dernier. Trop souvent, l’itinérant est un être démuni et isolé avec personne pour pendre sa défense, alors c’est plutôt facile de l’ignorer quant il s’adresse à nous. Cependant, il faut le dire, beaucoup d’entre nous sommes déroutés quant nous sommes sollicités et peut-être est-ce avec raison, parce que nous ne nous sentons pas assez équipés pour lui apporter de l’aide ou encore peut-être parce que nous doutons de notre capacité de faire réellement une différence dans la vie de l’itinérant, d’où la nécessité de la présence d’organismes d’aide qui savent avec professionnalisme apporter un support pertinent et adéquat aux personnes sans logis. L’organisme « l’itinéraire », duquel parle Jeannette Roy dans le commentaire précédent, en est un. Il s’agit d’un organisme qui redonne de la dignité aux personnes itinérantes et dans ce cas pas besoin d’œuvrer directement auprès des sans abris pour faire une différence, un simple geste, tel se procurer le journal, suffit. D’ailleurs, on dit avec raison que ce sont les gouttes qui font l’océan.

  4. J’ai vécu une expérience extraordinaire et j’aimerais vous la partager… La voici:

    Soeur Rachel, fdls, m’avait confié une paire de bas, mitaine, tuque et foulard pour mon itinérant qui se tient au super-marché Maxi.
    Je lui ai donné mercredi dernier.
    Il était tellement content et reconnaissant que j’en fus très émue.
    Je lui ai demandé s’il voulait d’autres bas et Pierre (l’itinérant) m’a répondu : « Non, merci, jolie dame, donnez-en à d’autres, c’est correct pour moi, c’est assez ».

    Je pris le temps de lui expliquer le travail des clubs de tricoteuses bénévoles et ses grands yeux bleus ont pétillé. Il m’a dit : «Comme c’est beau, je suis un homme chanceux ! Dites-leur un gros merci de ma part !

    Voilà mon histoire du jour….

    1. Chère Élise
      L’événement que tu nous racontes de façon vraie et touchante, nous laisse deviner avec quel tact et quelle amitié tu abordes ton ami Pierre.
      J’ai moi-même été très touchée par la réaction de Pierre lorsque tu lui as offert d’autres bas …
      Comme on dit souvent, «l’habit ne fait pas le moine» ce sans-abri a un savoir-vivre et une compassion qui l’habitent que nous rencontrons rarement dans notre société actuelle.
      Vivre «sans-feu ni lieu» ne veut pas dire ne pas avoir de coeur, ne pas penser aux autres, ne pas savoir partager.
      Sans doute serions-nous très surpris-e-s d’entendre certaines (plusieurs) anecdotes semblables à celle qu’Élise nous partage, racontées par ces personnes qui sont devenues itinérant-e-s contre leur gré, au détriment de leur reconnaissance sur le plan social et simplement humain.
      Merci Élise d’avoir raconté l’envers de l’itinérance !
      Sans doute ces personnes, par/dans leur état d’itinérance, ont-elles plusieurs valeurs à nous enseigner …
      Merci encore Élise !

  5. Bonjour, je m’appelle Emilie St-sauveur Goyette. Je suis une fille de la rive-sud et j’ai décider de faire un projet qui restera marquer dans la tête des gens! Vous avez Sûrement entendu parler des « necknomination »? Et bien moi et ma collègue Joanie Fontaine de Bromont, on n’à décidé de faire autrement, une « Smartnomination »(Bonne action). Cette vidéo à fait beaucoup parler d’elle sur les réseaux sociaux et j’ai eu droit à plein de remerciments car un message nous es passé en le visionnant. C’est agréable et fait chaud au cœur de voir ça. Alors je crois que sa vaut la peine que les gens en parlent d’avantage. À vous d’en juger … Bon visionnement ! http://youtu.be/aruChVU2gig

  6. Je ne lui ai jamais demandé son nom…..
    En 1999, j’étais à Toronto, pour y travailler. Quand on passe d’une petite ville de 45,000 habitants à une mértopole de quelques millions d’habitants et que le lieu de travail est au centreville…. Avec le temps je me suis apprivoisé à mon quartier et aux itinérants qui s’installaient quotidiennement sur leur coin de rue. Devant l’entrée de l’édifice où je travaillais il y a une bouche de métro (un endroit stratégique – comme je l’appris plus tard)pour toute personne qui tend la main. C’était en janvier. Le premier jour, je déposai une pièce de 25 sous dans la casquette…. Le lendemain, je ne sais trop combien. Au bout de 3 semaines j’en avais marre de voir ce visage, ces mains sales, ces dents cariées. Cet homme de 30 ans tout au plus….Après quelques mois je passais devant lui sans un regard ou une pensée. Puis, un matin je m’arrêtai devant lui et je le regardai dans les yeux sans savoir pourquoi. Je lui dis bonjour et j’accueillis son sourirê. J’avais une pièce de 5 sous et je m’en excusai. Il répondit que ça n’avait aucune importance parce que le printemps arrivait et que l’été est la bonne saison, la saison de l’abondance…. J’ai passé deux ans à Toronto et mon ami était au rendez-vous quotidien sauf certains jours.Il y avait beaucoup de ruelles dans mon quartier et certaines d’entre elles servaient de bons raccourcis. J’appris à les connaître. Un jour, où l’itinérant n’avait pas été au rendez-vous,je rentrais chez moi avec mon sac de la régie des alcools et je le vis assis, ou plutôt affaissé dans une alcove avec son sac de la régie des alcools… Lui aussi se payait un verre… Je n’ai jamais su son nom…

  7. J’ai visionné votre message Émilie et Joannie et je vous dis « bravo » pour votre intéressant projet. J’ai pu voir avec quel enthousiasme vous le vous mettiez en oeuvre à toutes les étapes. Par la suite,cela faisait chaud au coeur de vous voir distribuer aux sans-logis vos sacs de nourriture préparés avec soin. J’ai constaté combien votre geste fait avec tant de gentillesse était apprécié. Je souhaite que beaucoup d’autres personnes imitent votre belle initiative!

  8. D’abord un merci sincère, Jeannette, pour avoir suscité notre réflexion sur ce sujet brûlant d’actualité.
    Qui dit itinérance, dit exclusion, isolement, marginalisation. Les personnes en situation d’itinérance ont subi des expériences traumatisantes dans leur vie, quel que soit l’âge. Expériences qui provoquent, tôt ou tard, des fractures importantes dans l’identité de la personne, déchirures qui se manifestent par des comportements socialement non adaptés : besoin de briser des liens, déracinement, intolérance face à toutes structures. Un écart se creuse entre son univers intérieur et le monde environnant. Dans la vie réelle, ces personnes vivent :
    • l’EXCLUSION (les portes se ferment devant elles
    • l’ISOLEMENT (elles se replient sur elles-mêmes)
    • le DIAGNOSTIC («paresseuse, profiteuse»,…. disent les autres)

    Pour comprendre, il me faut interroger les phénomènes de l’exclusion et de la marginalisation sociales et reconnaître la profonde souffrance, jusqu’à la maladie mentale, qu’ils créent chez la personne. Quelqu’un a dit : « Être itinérant est, sauf exception, une fatalité sociale… »

    Des responsables de plusieurs refuges pour les personnes en situation d’itinérance voient le nombre des sans-abris diminuer estimant que les programmes de réinsertion mis en place au fil des ans y sont pour beaucoup : identifier les besoins et créer des liens entre les refuges, les organismes dans le monde du travail et de la santé pour DONNER UNE VOIX AUX SANS VOIX ET DE L’ESPOIR AUX PLUS DÉMUNIS. Je me demande comment on peut rejeter ces personnes démunies de tout pendant que les escrocs (cf Commission Charbonneau et autres..) qui ont puisé des millions de dollars dans la poche des contribuables pour leur soif personnelle de richesses, de luxe etc., continuent leur belle vie ??

    Bravo à tous les organismes qui cherchent vraiment à trouver des solutions à ce fléau social. Allons visiter les Sites WEB de : La rue des Femmes, le Pharillon, L’Itinéraire, Exeko, Le Chaînon, Maison du Père, Accueil Bonneau, Old Brewery Mission, etc… et inventons des moyens de collaborer selon nos possibilités et de favoriser la naissance de «Communauté d’inclusion». Comme j’aime cette expression qui n’est pas de moi !

  9. En lisant les interventions précédentes, je me rends compte que j’ai élaboré des théories sur l’itinérance sans vraiment l’avoir connue ou l’avoir étudiée de près. Le monde des sans-abris, je l’ai regardé à travers le filtre des racontars des gens et des médias et aussi à travers mes propres préjugés et perceptions. Pour réellement comprendre l’itinérance et se prononcer sur la question des itinérants , il faudra préalablement côtoyer ces deniers, leur parler, leur questionner car on ne peut prétendre connaître tout de ses voisins en leur disant seulement un petit bonjour de temps à autre.

    Merci pour tous ces commentaires éclairants.

  10. Toi l’itinérant que je croise en vitesse de temps en temps en me rendant à mon boulot,
    Dis-moi à quoi rêves-tu assis par terre devant la bouche de métro?
    Rêves-tu à un bon chocolat chaud? À un grand morceau de gâteau? À un manteau? À une bonne nuit de repos? À une vie de château?

    Toi l’itinérant que je croise en vitesse de temps en temps en me rendant à mon boulot,
    Dis-moi à quoi penses-tu assis par terre devant la bouche de métro?
    Penses-tu à ton lourd fardeau? Au froid qui coupe comme un couteau? À tes bobos?
    À toi quant tu étais encore dans le berceau? À l’égoïsme qui court dans les rues comme un fléau?

    Toi l’itinérant que je croise en vitesse de temps en temps en me rendant à mon boulot,
    Dis-moi es-tu arrivé au bout du rouleau? As-tu le cœur gros?
    Trouves-tu encore la force de recoudre ta vie éparpillée en lambeaux?

    Toi l’itinérant que je croise en vitesse de temps en temps en me rendant à mon boulot,
    C’est pour toi que j’ai écrit ces quelques mots non pas pour ramasser quelques bravos :
    Je sais qu’ils ne te donneront point ni un bon chocolat chaud, ni un grand morceau de gâteau, ni un manteau, ni une bonne nuit de repos, ni une vie de château. Mais ces propos, je l’espère, garderont allumé le flambeau pour que jamais l’indifférence n’efface ton existence de nos cerveaux.

  11. Je sais que Maria ne recherche pas les compliments, mais je tiens à la remercier pour son émouvant poème et lui apporter une réponse.
    Au début de cet hiver, dont la froidure semble fracasser les records des dernières années, le journal télévisé de Radio-Canada nous a présenté une initiative originale et touchante. Certaines statues de la ville d’Ottawa se sont retrouvées soit coiffées d’un bonnet de laine, soit emmitouflées d’une chaude écharpe. Chaque joli tricot portait un message en anglais invitant ceux et celles qui souffraient du froid à prendre un de ces lainages qui leur était destiné.

    Ce geste éloquent et ceux présentés dans les précédents messages de notre Blog, montre bien que l’indifférence n’est pas le fait de tout le monde et cela fait chaud au coeur.

  12. Un itinéraire c’est normalement, un plan de voyage, un déplacement organisé …

    L’itinérance, c’est un déplacement sans organisation (ou si peu), en d’autres mots, ce n’est pas habituellement un choix … C’est souvent dicté par la désespérance. Et cette désespérance peut avoir de multiples causes.

    Conséquemment, ce n’est pas une situation à passer au crible de notre jugement si ce n’est qu’en ce qui concerne les causes de ce fléau. Il y aura toujours beaucoup de place, pour la compassion d’une part, et d’autre part, pour la réflexion et pour la réaction quant aux choix faits par nos sociétés soi-disant organisées et bien nanties…

    Par ailleurs, il arrive que pour certains des sœurs et frères itinérants, la liberté soit un objectif poursuivi au coeur même de leur situation . Cette soif de liberté n’est-elle pas inscrite dans tout cœur humain ? Lié à ce désir, il y a aussi cette fierté de s’auto-suffire … de ne pas dépendre … Il en est ainsi, en particulier, pour les personnes handicapées.
    Notre frère itinérant, notre sœur itinérante, demeure une personne humaine qui porte son mystère personnel, sa quête et sa soif de dignité et de liberté … Sous cet aspect, ce frère et cette sœur m’interpellent, me font me poser la question : «Que suis-je prête à investir pour contribuer au respect de cette dignité et de cette libération autour de moi?

    Dans toute vie communautaire (famille et autre regroupement) cette espérance de dignité et de liberté peut, au fil d’événements malheureux, dégénérer et devenir désespérance …

    Les relations humaines sont à la fois richesse et fragilité.
    Pour nos frères itinérants, j’ai hâte, entre autres, que notre hiver froid se termine ! Que compassion, tendresse et secours de toutes sortes, leur apportent chaleur et espérance!

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